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Les Nouvelles de Yopougon (Abidjan, Marie-Thérèse Charrier) - décembre 2011

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Marie-Thérèse Charrier
La Providence de la Pommeraye
Centre Monseigneur Chappoulie
Yopougon - Abidjan
08 20 54 19

 

Décembre 2011

Chers (chères) amis (es), famille et bienfaiteurs,

Plus que jamais cette année, et surtout ces derniers mois, j'ai conscience d'avoir été embarquée sur le grand fleuve du temps plus rapidement que je ne l'aurai souhaité. Et j'ai conscience aussi que beaucoup attendaient des nouvelles que je n'ai pu donner. Heureusement que ce temps qui précède l'année nouvelle me donne l'occasion de m'arrêter et de vous retrouver.

Vous retrouver pour vous dire un grand merci tout d'abord, à tous ceux et celles qui m'ont permis d'avancer sur le chemin difficile de « l'après-guerre », et d'avoir pu aider à se remettre en route un certain nombre de personnes ainsi que le centre où je vis et travaille. Ma reconnaissance vous est acquise même s'il est vrai que j'ai été trop silencieuse. Et pourtant ce n'est pas faute de penser à chacun de vous.

Depuis février 2011, nous n'avons plus de téléphone fixe, ni par la même occasion d'Internet. Je suis obligée d'aller soit au cyber, soit à notre foyer de jeunes filles de Marcory pour recevoir et envoyer du courrier. Etant donné que ce n'est pas la porte à côté et que la circulation est difficile, il faut bien du temps pour cela ; aussi je ne suis pas régulière en ces lieux. C'est ce qui explique en partie que je laisse le courrier dormir un peu trop longtemps. J'ai bien essayé les fameuses clés MTN, Orange ou MOOV, mais, sur de vieux et gros ordinateurs, impossible de configurer et d'avoir la connexion ! J'attends donc que les choses se rétablissent et j'essaie de prendre tout cela avec patience...

Comme vous le savez, l'année 2011 pour la Côte d'Ivoire a été une année très dure, une année de guerre, et sans doute faudra-t-il encore beaucoup de temps avant que les uns et les autres puissent retrouver la paix du cœur, la plus importante.

Permettez-moi de me retourner un peu sur ce temps écoulé, ce temps passé qui fait qu'aujourd'hui nous ne sommes plus ce que nous étions hier, et qui nous fera pour une part ce que nous deviendrons demain. C'est bien ainsi que se fait notre histoire, la nôtre et celles des gens avec qui nous vivons.

Nous sommes à présent forgés et nourris de ce que nous avons vécu. Nos joies, nos larmes, nos combats, nos échecs, nos bonheurs, nos blessures, nos rencontres, sont la sève qui nous fait vivre aujourd'hui.

Il y en a eu des blessures, des désirs de revanche de personnes profondément déçues, etc... ! Ces élections dont tout le monde attendait qu'elles mettent fin à une époque difficile a tourné au drame. Combien de morts ? Des milliers. Dans quelles conditions ? Sans doute ne connaîtrons-nous jamais le chiffre exact, ni les circonstances pour beaucoup. Mais les traces dans les cœurs particulièrement sont bien présentes. Cette guerre a divisé terriblement le peuple ivoirien et continue à le diviser. La crise post-électorale, si elle est en partie terminée, elle ne l'est qu'en partie. Ici et là, en particulier à l'ouest, il y a encore des zones ou on pille, viole et tue. Les armes n'ont pas toutes été ramassées, loin de là, et dans bien des quartiers d'Abidjan règne encore la peur due aux différents braquages. Depuis octobre en particulier, les églises catholiques, les presbytères, les maisons religieuses sont visités par des hommes bien armés et qui ne partent de chez vous que lorsque le butin a été suffisant...

Bien sûr il y a les maîtres-mots qu'on utilise à chaque instant, dans chaque discours, qu'il soit politique ou autre : réconciliation, justice, paix. Beaucoup le désirent vraiment mais c'est encore un peu tôt... Il y a des gens partis en exil qui tardent à revenir, sans doute savent-ils pourquoi. Il y a ceux qui continuent à soutenir l'ex-président et qui sont convaincus que la France est pour beaucoup dans ce conflit. Tout cela continue à diviser, et les amis avec qui vous parliez hier sont parfois ceux qui vous tournent le dos aujourd'hui, tout simplement parce qu'ils n'acceptent pas ce qui s'est passé lors du 2ème tour des élections, ni les prisonniers membres de l'ancien gouvernement.

Pour parler de réconciliation, de pardon, il faudrait d'abord, sans doute, que la vérité soit dite, pour qu'une lumière se fasse ; que les torts soient reconnus de part et d'autre, et que la justice puisse travailler dans un climat moins passionné.

Actuellement nous sommes en campagne électorale pour les législatives. On ne peut pas dire qu'il y a beaucoup d'engouement. Quelqu'un me disait que les gens n'ont plus envie de voter, même si ce vote n'est pas du même niveau que pour les présidentielles. Chacun reste sur ses gardes...

Bien des gens aujourd'hui ne comprennent pas que l'on ait pu extrader l'ex président Gbagbo de Korhogo et le remettre à un tribunal international. Ils s'en indignent. D'autres s'en réjouissent. Pour panser les plaies, il faudrait pouvoir expliquer tout cela en vérité. Les médias s'y emploient mais pas toujours comme il se devrait. Certains mettent encore de l'huile sur le feu et défient le pouvoir.

Faire mémoire de tout cela n'est pas pour l'ensevelir sous des regrets qui n'en finissent pas mais plutôt pour accueillir aussi ce passé tel qu'il est et le présent qui en résulte.

Lors de mon retour de France, en avril dernier, lorsque j'ai vu les dégâts, entendu tant de gens, leur souffrance, leur désespoir, je ne croyais pas que la vie pourrait reprendre aussi vite. Dans les semaines qui ont suivi « le désert a refleuri » cependant, j'en ai été témoin. La vie a repris ses droits, malgré tout. Magasins, maisons, pompes à essence pillés et dévastés sont de nouveau opérationnels. Même s'il y a encore beaucoup à faire, le résultat est visible. Un effort a été fait pendant un temps pour que la ville et les quartiers deviennent propres. La fameuse rue Princesse à Yopougon, rue de bars, boîtes de nuit, lieu de prostitution par excellence, a été en grande partie détruite (mais hélas, au bout de quelques semaines, les choses recommencent, les propriétaires ont seulement repoussé de quelques mètres leur lieux de trafics en tout genre, au nom du des règles d'urbanisme...).

Au centre Monseigneur Chappoulie aussi tout a recommencé après pratiquement trois mois sans travail et deux mois à mi-travail. Beaucoup de choses ont été à refaire, même si la guerre n'est pas passée au centre directement. Des maisons vides s'abîmaient, les toitures et les murs avaient des impacts de balles, l'étanchéité de plusieurs bâtiments était à refaire. De gros problèmes d'électricité dûs à des câbles coupés par des balles ou des roquettes ont du être remis en état, moyennant finances bien sûr ! La pompe immergée de notre château d'eau a pris elle aussi un coup, il a fallu y parer là encore, et aussi permettre aux ouvriers du centre, à leurs familles et à nos voisins de pouvoir vivre.

Encore un grand grand merci à tout ceux et celles qui me sont venus en aide pour pouvoir faire tout cela. La paroisse à côté de nous a abrité jusqu'en juillet des centaines de réfugiés, la plupart venaient de notre quartier mais ne pouvait pas retourner dans leurs maisons, et n'y sont pas retournés (question ethnique mais aussi à cause de règlements de comptes...). Nous avons soutenu les pères et sœurs de cette paroisse comme nous le pouvions, surtout en ce qui concerne les enfants et les personnes âgées.

Aujourd'hui, le centre accueille de nouveau des groupes et aussi beaucoup de personnes individuelles venant chercher un peu de repos pour l'esprit, et essayer de donner sens au vécu. Je puis vous dire l'importance de ces lieux de calme, de silence, d'appui aussi, pour pouvoir se refaire et repartir un peu mieux dans son être.

Depuis quelque temps, j'ai oeuvré aussi pour que la gendarmerie revienne au centre pour notre sécurité à tous, sinon les groupes n'osaient que timidement entrer dans le centre et y rester. Maintenant c'est chose faite, au moins jusqu'après les fêtes, ensuite « on verra » dit le commandement de l'escadron de Yopougon...

La communauté des sœurs s'est agrandie. Nous sommes aujourd'hui trois sœurs, ce qui devrait permettre un peu d'allègement dans les tâches et d'avoir une part plus active dans la vie de notre quartier.

A travers les témoignages de plusieurs personnes, à travers aussi votre générosité à tous, cette année 2011, si dure a-t-elle été, m'aura permis de découvrir peut être un peu plus qu'il y a toujours au fond de chacun de nous une petite lueur, une étoile qui nous pousse à nous sortir de nous-mêmes, à ne pas avoir peur de prendre la route dans les obscurités parfois lourdes de la vie, pour tenter d'y voir clair et tenir la main de Celui qui jamais ne nous abandonne et qui est Lumière dans notre vie.

Oui, tenter d'y voir clair en nous, en cette vie, en ce monde, là où nous avons été envoyés, c'est bien ce que j'essaie de faire avec ceux et celles qui en ont besoin. Tenter d'y voir clair, disait Bertrand Révillion, dans le bienheureux mystère de se savoir vivant. Oui, tenter d'y voir clair pour offrir un peu de clarté à tant de pénombre dans ce monde. Tenter d'y voir clair pour un jour pouvoir pardonner du fond du cœur.

Un petit exemple parmi tant d'autres dans notre quartier. Notre ancien gardien de nuit vient de trouver un travail à temps plein sur la paroisse à côté. Pour vivre il avait quelques « baraques » qu'il louait avant la guerre ; ces maisons sont en grand délabrement et ont été « coupées » par un énorme trou survenu aux dernières grandes pluies. Pour accéder chez lui et aux quelques masures encore debout, il faut traverser un creux et personne n'ose tellement s'y aventurer. Une femme rejetée de partout avec ses enfants, parce que d'une ethnie dont les gens ne veulent plus dans le quartier à cause des affrontements derniers, est allée le voir parce qu'elle ne sait pas où aller et ne pouvait plus rester dans le camp de réfugiés. Elle ne peut payer un loyer quelconque, alors le vieux gardien lui a donné une des maisons encore un tant soit peu habitable. Je lui demandais si elle pouvait le payer. Il m'a répondu « non mais Dieu y pourvoira, car elle est tellement dans le besoin ! Je ne pouvais pas, moi, écouter les voisins, cette femme n'a rien fait, moi je ne suis qu'un étranger ici ; elle, elle est chez elle, pourquoi serais-je mauvais pour ne pas accepter de la loger ? »

Tenter d'y voir clair, en se dépouillant de toutes les idées toutes faites, de nos assurances et de nos certitudes. C'est un peu tout cela qui m'habite, me fait vivre ; écouter et soutenir ceux qui viennent ici pour chercher Dieu, et parfois une réponse à la question du pourquoi ? Pourquoi ce qui a été ? Question lourde et impossible à répondre à la place de quelqu'un, mais qui peut être le début d'un chemin de grande conversion, de grands changements intérieurs.

Au fond c'est tout le bonheur que je vous souhaite à vous aussi, que je nous souhaite en cette fin d'année 2011, pour faire de celle qui arrive un sentier de clarté. En nous et autour de nous.

Osons cette mise en chemin, cette mise en route qui, un jour peut être, nous fera trouver, las peut-être, mais heureux, la route du pardon, de la réconciliation. De l'Amour vrai.

Le temps de l'Avent qui nous est offert peut nous permettre de ranimer la petite flamme de l'espérance et nous mettre en marche sous l'éclat d'une étoile. D'autres l'ont fait avant nous. Pourquoi pas nous ? J'y crois et vous invite à faire de même.

A chacun, à chacune d'entre vous, bonne marche vers Noël, et avançons tous ensemble pleins d'espérance vers 2012 !

Avec toute mon amitié.

Marie-Thérèse

 

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