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A lire : GREGOIRE ou un autre regard sur les fragilisés de la vie, Marie-Christine Brocherieux, Ed. Nouvelle Cité.

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Rencontre avec Grégoire Ahongbonon, "réparateur de vies"

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En Côte d’Ivoire et au Bénin, Grégoire Ahongbonon, réparateur de pneus, père de famille, désenchaine des personnes malades psychiques, les soigne et leur donne un métier. Une expérience unique qui impressionne des psychiatres occidentaux.

Soudain, en pleine interview, Grégoire Ahongbonon tire de son sac des chaînes et se passe les fers autour du cou. "Je l’ai trouvé ainsi, accroché les bras en croix, nu. En Afrique, les malades mentaux sont les oubliés des oubliés." Plus tout à fait, depuis que ce Béninois, aujourd’hui âgé de 59 ans, simple réparateur de pneus, a croisé leur regard. A l’époque, Grégoire sortait de dépression. Venu en Côte d’Ivoire pour monter son affaire, il avait été l’un des rares, à 24 ans, à avoir sa propre voiture, signe que son commerce était florissant. "J’avais abandonné Dieu, relate-t-il, et la fortune était peu à peu devenue ma référence. Quand, du jour au lendemain, j’ai tout perdu, j’ai pensé mettre fin à mes jours." La rencontre d’un prêtre missionnaire, son écoute, lui ont alors permis de refaire surface. En 1987, ce dernier propose à Grégoire et à sa femme Léontine de participer à un pèlerinage en Terre sainte. Ce sera le point de départ d’une nouvelle vie : "Quelle pierre vais-je poser dans la construction de l’Eglise ?", se demande Grégoire au retour de Jérusalem.

"On me prenait pour un fou"

Les écailles tombées des yeux, la réponse vient avec la rencontre d’une première personne malade psychique : dans une rue de Bouaké (Côte d’Ivoire), un homme malade fouille, dénudé, les poubelles dans l’espoir d’y trouver des vivres. "A partir de ce jour-là, raconte Grégoire avec émotion, j’ai sillonné les rues la nuit pour voir où dormaient ces personnes. J’ai commencé à les rencontrer, je leur apportais de la nourriture et leur donnais à boire. Beaucoup me prenaient pour un fou de manger avec eux." Dès lors, emporté par un mouvement qui le dépasse lui-même, Grégoire libère les personnes malades psychiques mises au rebut, enchaînées, éloignées des villages dans des forêts, et attachées à des bois parce qu’on les croit possédées. "Le Mal de l’Afrique" selon ce père de six enfants qui crée un premier centre d’accueil pour soigner ces personnes, un deuxième centre pour les réinsérer. Aujourd’hui, l’association Saint-Camille de Lellis, qu’il a fondée, gère neuf centres en Côte d’Ivoire, cinq autres au Bénin. Des évêques du Togo et du Ghana l’appellent pour qu’il intervienne dans leur pays car partout où des centres naissent, on n’enchaîne plus les malades. Des psychiatres de Montréal viennent en stage en Afrique. Français, Italiens, Espagnols, tous s’intéressent à cette expérience unique au monde.

Car sa force, c’est la réinsertion des personnes malades psychiques. Où les Occidentaux échouent souvent,  Grégoire réussit. Avant d’avoir des accès de violence, Raymond était boulanger. Enchaîné pendant deux ans, puis soigné dans un centre de l’association Saint-Camille, il a aidé à fabriquer un four à pain dès que son état s’est amélioré. Aujourd’hui, Raymond est le boulanger de son village, il forme dix apprentis eux-mêmes d’anciens malades, et chaque matin, 80 femmes viennent lui acheter du pain qu’elles revendent sur le marché pour faire vivre leur foyer. D’autres personnes malades apprennent les métiers de soudeur, couturier, coiffeur, ou deviennent soignants. Chaque centre tourne ainsi grâce à des anciens malades, plus à même de comprendre les nouveaux venus, des infirmiers, et un médecin qui vient deux fois par mois.

"Je n’ai jamais eu peur"

Infatigable pèlerin, ne bénéficiant d’aucune subvention publique, Grégoire puise sa force dans l’eucharistie quotidienne et s’appuie sur la Providence. De quoi a-t-il besoin ? "Beaucoup de malades sont très jeunes, souligne-t-il. Nous avons besoin de professionnels pour les former au métier de soignant, d’argent pour pouvoir leur donner un salaire minimum, enfin nous avons un besoin quotidien de nourriture". "Grégoire a une confiance audacieuse en Dieu, témoigne Sœur Johanna Poisson, une religieuse de la Providence de la Pommeraye qui travaille avec lui depuis six ans. Devant les difficultés, il dit souvent : 'Le vrai Fondateur va s’en occuper'. Ainsi, quand il n’y a plus de nourriture, nous, ses collaborateurs, sommes tentés de freiner l’accueil des personnes. Alors, Grégoire accélère et nous demande d’aller chercher dans la rue nos amis les malades !"

Depuis sa création en 2004, le centre d’Avrankou (nord du Bénin) a ainsi accueilli 9500 personnes malades. "Grégoire n’a pas fait d’études, poursuit Sœur Johanna, mais c’est un homme qui se laisse provoquer et enseigner par la vie. Il est rapide, bousculant, a une intuition des personnes et une grande capacité relationnelle. En 2002, pendant la guerre en Côte d’Ivoire, même les rebelles le laissaient passer car il est connu comme l’ami des pauvres et des malades." "Je n’ai jamais eu peur, affirme Grégoire. Je comprends désormais que pour mieux vivre, il faut s’oublier."

Florence Chatel

Grégoire ou un autre regard sur les fragilisés de la vieMarie-Christine Brocherieux
Ed. Nouvelle Cité. 19 euros.
> L'enregistrement de la conférence donnée par Grégoire Ahongbonon à Saint-Léon à Paris le 10 décembre 2011 est disponible auprès de l'Office chrétien des personnes handicapées : www.och.asso.fr tél. : 01 53 69 44 30.
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Grégoire Ahongbonon

de Giulia Cananzi et Valentin Strappazzon

La VIe édition du “Prix International Saint-Antoine” a attribué un prix spécial à Grégoire Ahongbonon, pour son action en faveur des handicapés mentaux au Bénin et en Côte-d’Ivoire. Une histoire extraordinaire de foi et d’humanité. Rencontre.



C’est pour avoir cherché Dieu dans les pauvres, dans les abandonnés, que je peux parler d’eux comme je le fais aujourd’hui ; mais avant d’en arriver là, beaucoup de choses se sont passées dans ma vie. Originaire du Bénin, marié, père de 6 enfants, j’ai eu la chance d’avoir un père chrétien et de recevoir le baptême dans mon enfance. J’avais une grande foi en Dieu, j’aimais beaucoup l’Eglise, puis, vers ma vingtième année, en Côte-d’Ivoire, j’ai appris mon travail de réparateur de pneus et j’ai gagné beaucoup d’argent ; et face à la fortune et aux plaisirs de la vie, j’ai abandonné Dieu et l’Eglise. Mais ça n’a pas duré longtemps : j’ai eu des problèmes économiques et à la fin j’ai tout perdu, y compris les amis... Il ne me restait plus que ma femme et mes deux enfants, et c’est dans cette épreuve que j’ai retrouvé le chemin de l’Eglise et compris que vivre en ne pensant qu’à soi, c’est être hors de la vie. 



Puis vous avez commencé à vous occuper de malades…


En effet, revenu à l’Eglise, le prêtre qui m’a accueilli m’a dit au cours d’un pèlerinage à Jérusalem : « Chaque chrétien doit participer à la construction de l’Eglise en posant sa propre pierre. » Cette phrase m’a travaillé et j’ai compris que l’Eglise n’est pas seulement l’affaire des prêtres, des religieux et religieuses, mais de tous les baptisés et je me suis demandé : « Quelle est la pierre que je vais pouvoir poser ? », et l’idée m’est venue de mettre sur pied un petit groupe de prière, avec huit personnes. Un jour, un des membres du groupe est venu nous dire : « Il y a un enfant gravement malade dans le quartier. Pouvons-nous prier pour lui ? C’est une famille musulmane... » J’ai répondu : « Qu’il soit musulman ou pas, l’essentiel est que la famille accepte. » Nous avons visité le malade ; nous avons prié pour lui ce jour-là et les jours suivants et quelque temps après l’enfant était complètement guéri. « Dieu a donc besoin de moi quelque part », me suis-je dit et avec le groupe, nous avons commencé à visiter les malades à l’hôpital. C’est ainsi qu’est né l’Association Saint-Camille de Lellis.
Chez nous, en Afrique, un malade qui va à l’hôpital doit tout payer : consultations, médicaments, lit, tout. Avant de commencer à prier, il fallait donc manifester notre amour et sitôt que mon travail de réparateur de pneus a recommencé à marcher, avec l’argent que je gagnais nous avons payé les médicaments et la nourriture pour les malades. Nous avons aussi aidé des mourants à mourir dignement, comme des hommes. C’est là que j’ai compris pourquoi Jésus Christ s’est identifié aux pauvres et aux malades et à partir de là est né mon désir de chercher Dieu dans les pauvres et les malades…



Des prisonniers et des malades mentaux surtout...


Oui, ce fut ensuite l’appel des prisons, car comme Jésus Christ s’est identifié aux pauvres et aux malades, il s’est identifié aussi aux prisonniers. Avec notre groupe, nous avons visité les prisons, surpeuplées : 500 personnes là où il n’y avait de place que pour 200. Il n’y avait pas de toilettes, pas d’infirmiers ; quand un prisonnier était malade, on l’isolait. Alors je me suis dit : « Quel que soit le mal qu’ils ont fait, ce sont des hommes ! Nous devons respecter la dignité de tout homme. » Et petit à petit, nous avons pu remettre les toilettes en état, former des infirmiers, trouver les médicaments. Depuis 1986 jusqu’à aujourd’hui, c’est l’association qui continue de soigner les prisonniers.
Et depuis 1998, ce sont les malades mentaux qui préparent la nourriture pour les prisonniers. Car, en 1990, notre désir d’aller vers les pauvres nous a conduits vers les malades mentaux.
Ce genre de malades sont représentés comme une honte en Afrique. Abandonnés de tout le monde, ils errent nus dans les rues, mangent dans les poubelles, sont considérés comme des ordures humaines. Tout le monde en a peur. Moi aussi. Mais un jour, en voyant un de ces malades, nu, en train de fouiller les poubelles, je me suis arrêté, je l’ai regardé et me suis dit : « C’est Jésus que je cherche dans le groupe de prière ; c’est Jésus que je cherche dans les églises, mais c’est Lui, Jésus en personne, qui souffre à travers ce malade. » A partir de ce jour-là, tous les soirs, toutes les nuits, je marchais dans les rues pour voir où ils dormaient et pouvoir les rencontrer et j’ai compris que c’était des gens qui cherchaient à être aimés, comme tout le monde. Alors, avec mon épouse, nous avons commencé à préparer du riz et à leur distribuer à manger.
Mais il fallait faire plus : les amener dans un hôpital, payer la nourriture et les médicaments, créer notre propre centre et sur un terrain de 2 400m2 que nous avons pu obtenir, nous avons construit notre premier centre et recueilli tous les malades…
En voyant nos résultats, les prêtres des villages et les religieuses ont commencé à faire appel à nous et c’est là que nous avons découvert la torture. Les malades mentaux sont comme Jésus Christ en croix, les deux bras étendus et les deux pieds bloqués par des fers, pourris, avec des vers… Nous sommes allées les libérer de leurs entraves, nettoyer les plaies, soigner les blessures, leur redonner leur dignité d’homme et progressivement, la mentalité a changé : les gens n’enchaînent plus les malades, bien que ceux-ci restent, en Afrique, les oubliés de la société, du pouvoir et des gouvernants. En Côte-d’Ivoire, pour 17 millions d’habitants, il n’y que deux hôpitaux psychiatriques ; au Bénin, un seul hôpital pour 7 millions d’habitants.



Peu de gens, en effet, même parmi les ONG, s’occupent des malades mentaux, en Afrique et ailleurs. Cette peur n’est-elle pas transversale ? N’avons-nous pas tous besoin d’en être guéris ?


Oui, les malades mentaux, même en Europe, sont oubliés, ils n’ont pas de contacts, pas de rapports de travail, pas d’organisme qui prenne souci d’eux, qu’ils soient Africains ou Européens. Car si en Afrique, nous voyons des entraves, en Europe il y a d’autres formes d’enchaîner les malades, comme une psychiatrie trop poussée, des montagnes de médicaments, des mentalités de refus. Pourtant, il est plus facile de vivre avec les malades mentaux qu’avec les bien-portants. Moi, je ne suis qu’un pauvre petit réparateur de pneus ; mais face à un malade, il faut s’intéresser à l’homme, et le soigner.



Pouvons-nous proposer votre œuvre comme modèle ?


Depuis des années, là où je passe, beaucoup de bonnes volontés nous aident à avancer. Mais notre idée, c’est d’être autosuffisants ; peut-être saint Antoine m’aidera-t-il à trouver des solutions. Chaque fois que je passe dans sa basilique, je lui fais une visite et une prière.

 

 

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